Les raffineurs et distributeurs de pétrole pourraient réaliser 3,6 milliards d’euros de superprofits en France en 2026
La taxation des superprofits en période de crise énergétique revient au cœur du débat public français. T&E décrypte la construction de ces profits en décomposant l’augmentation du prix à la pompe, et réclame leur taxation afin de financer l’électrification des transports.
Selon de nouvelles données nationales issues de l’outil de suivi des superprofits pétroliers de T&E [1], les raffineurs et les distributeurs pourraient engranger 3,6 milliards d’euros de bénéfices exceptionnels cette année [2], aux dépens des automobilistes français, en raison du conflit au Moyen-Orient. Les raffineurs et les distributeurs ont déjà réalisé 700 millions d’euros de bénéfices supplémentaires en France depuis l’attaque contre l’Iran.
Ces surprofits ont été largement réalisés sur le diesel. Sur les 51 centimes d’augmentation moyenne du prix du diesel par litre par rapport aux niveaux d’avant le conflit, 42 centimes ont été captés par l’industrie pétrolière (dont 14 centimes par les raffineurs et distributeurs) et 9 centimes par l’Etat. Pour l’essence, sur les 27 centimes d’augmentation, 22 centimes sont allés aux compagnies pétrolières ou aux pays producteurs et 5 centimes à l’Etat. Sur ce produit, les raffineurs et les distributeurs ne réalisent a priori pas de marge supplémentaire : cela est dû au fait que les tensions sur l’approvisionnement en essence sont moindres que celles sur le diesel, ce dernier étant plus dépendant du Moyen-Orient. Néanmoins, au global, l’industrie pétrolière est la principale bénéficiaire de la crise, avec plusieurs centaines de millions d’euros de superprofits déjà réalisés.
L’UE n’a pour l'instant pas proposé de mécanismes visant à taxer les bénéfices excessifs des compagnies pétrolières sur leurs activités de raffinage et de distribution en Europe. T&E appelle le gouvernement français à agir et à instaurer une taxe nationale sur les bénéfices exceptionnels de ces entreprises, tout en continuant à pousser pour une taxe européenne. Selon l’étude, les superprofits réalisés à l’échelle de l’UE par les raffineurs et distributeurs devraient atteindre 24 milliards d’euros cette année, si les marges actuelles se maintiennent.
Bastien Gebel, responsable décarbonation de l’industrie automobile à T&E France, déclare : « Semaine après semaine, les compagnies pétrolières continuent d’accumuler des superprofits. Elles ont tout intérêt à maintenir l’Europe dans la dépendance aux énergies fossiles, car elles profitent de la flambée des prix. Le gouvernement français doit prendre l’initiative d’instaurer une taxe nationale sur ces superprofits et faire pression sur l’UE pour qu’elle en fasse de même à l’échelle européenne. Les recettes devraient contribuer à financer le plan d’électrification, tout en allégeant la pression croissante sur les finances publiques causée par la guerre en Iran. »
En 2022, l'UE avait instauré une taxe de 33 % sur les bénéfices excessifs tirés des combustibles fossiles, définis comme supérieurs de 20 % ou plus à la moyenne de la période 2018-2021. Cette mesure a permis de collecter environ 28 milliards d'euros entre 2022 et 2023. En France, toutefois, les résultats ont été en deçà des attentes. Des analyses économiques ont mis en évidence les lacunes de ce mécanisme et plusieurs économistes sont désormais prêts à contribuer à l'élaboration d'un dispositif plus solide, doté d'une assiette fiscale plus large et couvrant l’ensemble des activités des entreprises concernées. Un tel mécanisme pourrait constituer la base d'une nouvelle proposition de l'UE, estime T&E.
Notes
[1] L'estimation de T&E ne porte que sur les carburants routiers et ne tient pas compte des superprofits générés par le kérosène, les carburants marins, le fioul domestique ou d'autres produits raffinés vendus en Europe. Voir la note méthodologique pour plus de détails.
[2] Chiffre extrapolé pour le reste de l'année 2026 sur la base des marges actuelles. Ce chiffre évoluera à mesure que l'outil de suivi sera mis à jour.
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