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Les batteries des voitures électriques représentent un potentiel important pour le réseau électrique du futur en Europe

8 juin 2026

Les véhicules électriques compatibles avec la technologie “vehicle-to-grid” (V2G) peuvent agir comme de véritables“batteries sur roues”, mais T&E alerte sur le fait que ce potentiel pourrait être mis à mal si l’Union européenne freine l’électrification des voitures.

En tant que « batteries sur roues », les véhicules électriques sont appelés à bouleverser la manière dont fonctionne le réseau, mais ce potentiel pourrait être remis en question. La technologie « vehicle-to-grid » (V2G), déjà présente sur certains modèles actuels, permet aux véhicules électriques de capter l’électricité excédentaire produite par les panneaux solaires ou l’éolien, puis de la réinjecter dans le réseau en cas de besoin.

Ainsi, comme le montre une nouvelle étude de T&E basée sur une analyse de l’institut Fraunhofer ISI, un parc de véhicules électriques constitue un atout pour l’intégration des énergies renouvelables dans le système électrique, notamment l'énergie solaire photovoltaïque.

49 millions de VE en moins sur les routes si l'ACEA obtient gain de cause

D’ici 2040, la trajectoire d’électrification fixée par la réglementation européenne actuelle sur les émissions de CO2 [1] se traduira par environ 140 millions de VE sur les routes d’Europe. En prenant l’hypothèse que 35% des véhicules seront alors équipés V2G, ce sont 139 GW de solaire supplémentaire qui pourraient être déployés en Europe, permettant ainsi de renforcer le déploiement des énergies renouvelables et de décarboner le mix européen.

Mais cela pourrait être remis en cause. En effet, la Commission européenne a proposé d’affaiblir les normes CO2 des voitures d’ici 2035. Le lobby de l'industrie automobile, l'ACEA, a des exigences encore plus grandes, qui se traduiraient par 49 millions de véhicules électriques en moins sur les routes européennes en 2040 par rapport à un scénario où plus aucune voiture thermique neuve ne serait vendue après 2035 [2].

Dans le cas où la réglementation européenne serait assouplie en suivant les demandes de l’ACEA, le potentiel de solaire supplémentaire est évalué à seulement 88 GW, soit 51 GW de moins que dans le scénario où la réglementation resterait inchangée. Ce chiffre équivaut environ à la moyenne annuelle d’ajouts de capacité photovoltaïque dans l’UE.

Si la proposition de l’ACEA était mise en œuvre, cela entraînerait une électrification moins rapide du parc automobile. L'Europe serait privée d’un potentiel clé pour développer les capacités de stockage et les énergies renouvelables en Europe.

Le réseau devrait alors intervenir en produisant davantage d'électricité (+13 GW) pour répondre aux périodes de forte demande, par rapport à un scénario où les objectifs actuels de réduction des émissions de CO2 des voitures seraient maintenus. Cela équivaudrait à construire 150 centrales de pointe supplémentaires [3].

Si l'électrification des voitures était moins rapide que prévue, cela entraînerait un gaspillage d'énergie et réduirait de plus d’un tiers le déploiement supplémentaire de nouvelles installations photovoltaïques. « Si les objectifs de l’UE en matière d’émissions de CO₂ des voitures étaient revus à la baisse, cela entraînerait une forte diminution de la capacité de stockage des batteries des véhicules électriques, explique Marie Chéron, directrice par intérim de T&E France. En conséquence, les nouvelles installations photovoltaïques dans l’UE seraient réduites de 37 % (-51 GW) entre 2025 et 2040. Cela modifierait la rentabilité des énergies renouvelables et étoufferait le déploiement du solaire. »

Sans ces millions de batteries automobiles supplémentaires pour absorber l'excédent d'énergie éolienne et solaire, l'Europe perdrait 6 TWh d'énergie propre supplémentaires par an d'ici 2040, selon le rapport. En effet, les parcs éoliens et solaires seront déconnectés aux moments de pic de production si la demande en électricité et les capacités de stockage sont insuffisantes. Les exigences de l'ACEA entraîneraient une réduction de la production d'électricité renouvelable supérieure de 25 % à celle qui serait observée si les objectifs de réduction des émissions de CO₂ des voitures étaient maintenus.

Dans le scénario d’électrification plus lente que prévu, l'Europe devrait aussi dépenser 4 milliards d'euros supplémentaires par an pour moderniser son réseau électrique. Il faudra en effet installer des câbles plus épais et davantage de transformateurs pour supporter des charges plus importantes, car il y aura moins de véhicules électriques pour décharger l'électricité localement lors des pics de demande. 

T&E appelle au maintien des normes européennes actuelles en matière d’émissions de CO₂ des voitures, et demande à la Commission de s’engager à rendre tous les véhicules électriques compatibles avec la technologie V2G. Concrètement, l’installation d’un chargeur embarqué interopérable et bidirectionnel dans tous les nouveaux véhicules électriques devrait être rendu obligatoire à partir de 2032.

Marie Chéron conclut : « Les prix élevés du pétrole ont rendu la sécurité énergétique et la transition vers les énergies renouvelables plus urgentes que jamais pour l'UE. Revoir à la baisse les objectifs en matière de voitures électriques rend cette transition bien plus coûteuse à réaliser. Avec moins de batteries dans le réseau, les investisseurs ne financeront pas le développement du solaire à la même échelle et des milliards supplémentaires devront être dépensés pour de nouvelles centrales électriques, le stockage d’énergie et des mises à niveau du réseau. Le maintien des normes européennes en matière d’émissions de CO2 des voitures est essentiel pour décarboner le transport routier, mais aussi pour assurer la transition du système énergétique. »

Notes

[1] C’est-à-dire 100% de voitures électriques neuves vendues en 2035.

[2] L’étude considère deux scénarios : le premier table sur une part de marché des voitures électriques de 58% en 2030 et 100% en 2035 dans l’UE. Le second, qui se base sur les demandes de l’ACEA, envisage 37% de VE en 2030 et 47% en 2035.

[3] D'après la base de données de “Beyond Fossil Fuel”, la puissance moyenne des centrales de pointe, qui produisent lors des périodes de fortes consommation comme en hiver, est de 86 MW en Europe (en ne tenant compte que des turbines à gaz à cycle ouvert - OCGT - qui ne seront pas mises hors service avant 2040). En France, le parc de production thermique de pointe repose sur 13 turbines à combustion (TAC) principalement réparties en Ile-de-France et en Bretagne.