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La demande mondiale en biocarburants pourrait augmenter de 70% d’ici 2030, faisant peser un risque sur les prix des produits alimentaires

4 juin 2026

Des tensions pourraient aussi apparaître sur les engrais nécessaires aux cultures.

Selon une nouvelle analyse de T&E, la ruée vers les biocarburants - pour tenter de limiter les effets de l’envolée des carburants fossiles - pourrait conduire à une forte augmentation de leur consommation : +30% cette année, et +70% d’ici 2030. En conséquence, les prix des aliments pourraient grimper eux aussi, alors que les prix des huiles végétales sont déjà au plus haut. Pour T&E, les gouvernements doivent faire attention à ne pas créer une crise alimentaire sous prétexte de vouloir atténuer la crise pétrolière.

Les prix des produits agricoles - notamment les huiles végétales - augmentent depuis trois mois, répétant un schéma déjà observé lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Depuis le début du conflit en Iran, des pays comme les Etats-Unis, l’Indonésie et la Thaïlande ont revu leurs objectifs d’incorporation de biocarburants à la hausse. Dans le même temps, les puissances exportatrices comme le Brésil et l’Indonésie limitent les exportations de biocarburants produits à base de cultures alimentaires.

Marie Chéron, directrice par intérim de T&E France, explique : « Les gouvernements jouent un jeu dangereux en valorisant des carburants qui proviennent de cultures alimentaires. Les biocarburants ne peuvent être qu’une ressource d’appoint, et leur expansion aurait des conséquences catastrophiques aussi bien sur les prix alimentaires que sur l’environnement. Plutôt que de brûler des cultures dans les réservoirs des voitures, il faudrait plutôt électrifier ces dernières ».

Par ailleurs, les biocarburants consomment déjà environ 5 % des engrais mondiaux, et toute augmentation de la production de biocarburants exercera une pression supplémentaire sur ce marché, déjà fortement perturbé par le blocage du détroit d’Ormuz.

La situation est particulièrement grave dans certains pays. L'Indonésie consacre près de 20% de ses engrais aux biocarburants, les États-Unis environ 10%, et l’UE 8%. Les principaux producteurs mondiaux de biocarburants dépendent de la Russie, de la Chine et du Moyen-Orient pour plus de 50 % de leurs importations d'engrais, comme le montre l'analyse de T&E.

Il est difficile d’augmenter l’offre en biocarburants sans entrer en concurrence avec les cultures alimentaires. Si les biocarburants représentaient 20 % du mix énergétique routier mondial, comme tentent de le faire des pays tels que l’Indonésie et le Brésil, il faudrait 130 millions d’hectares de terres supplémentaires, soit l’équivalent de la superficie totale de l’Afrique du Sud.

« Il est illusoire de croire que l’on peut recourir de manière croissante aux biocarburants sans que cela se fasse au détriment des ressources alimentaires. Le recours aux biocarburants en situation de crise apporte un confort économique de courte durée. Cela se fait au prix de la destruction d’écosystèmes et de la déforestation qui génère des émissions de carbone bien plus importantes que celles des combustibles fossiles » conclut Marie Chéron.