Aviation

L'aviation représente environ 15% des émissions du secteur des transports en France (en incluant les vols internationaux). Les carburants verts, les nouvelles technologies, une fiscalité plus juste et la réduction de la demande permettront au transport aérien de baisser son impact climatique.

Le problème de l'aviation

Les émissions de gaz à effet de serre provenant de l’aviation contribuent de manière significative au changement climatique. Le secteur représente 2 à 3% des émissions annuelles mondiales de CO2. Mais en brûlant du combustile fossile, les avions génèrent également des effets dits "non-CO2" qui aggravent le réchauffement, comme les oxydes d’azote (NOx) ou de soufre (SOx). Les traînées de condensation, ces lignes blanches laissées par les avions dans le ciel, sont l'effet "non-CO2" le plus connu. 

Au global, ces effets non-CO2 ont un impact climatique équivalent à celui du CO2 émis par les avions.

2.000 Le nombre de décollages quotidiens d’avions commerciaux en France

22,1 millions de tonnes de CO2 Emissions de l’ensemble des vols au départ de la France en 2024.

4,7 milliards € Le manque à gagner pour l’Etat français en 2023 en raison des exemptions fiscales du secteur

Croissance de l'aérien

Avant la pandémie de Covid-19, les émissions provenant du transport aérien européen (vols au départ de l'UE) augmentaient plus rapidement que celles des autres modes de transports. Elles ont plus que doublé entre 1990 et 2019, et sont passées de 1,3 % de l'ensemble des émissions européennes en 1990 à 4,7 % en 2019. En 2025, les émissions du transport aérien ont retrouvé leur niveau de 2019. 

L'aviation est à nouveau sur la voie d'une croissance rapide. Si cette croissance se poursuit sans modération, la consommation de carburant pourrait plus que doubler d'ici 2050 (par rapport à 2019). Dès 2026, le secteur pourrait même épuiser son budget carbone défini pour contenir le réchauffement climatique en-dessous de 1,5 °C.

Le transport aérien mondial est l’un des modes de déplacement les plus nocifs pour le climat. Et son impact sur le climat ne fera que s’accentuer. L’Association internationale du transport aérien (IATA) prévoit que la demande mondiale de transport aérien de passagers va plus que doubler d’ici 2050.

La croissance du secteur aérien, et en particulier celle des vols à fortes émissions, n’est pas compatible avec les limites planètaires. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a appelé à des réductions rapides et importantes des émissions.

La baisse des vols d’affaires après la pandémie, l’utilisation croissante des jets privés pour les trajets courts et l’impact climatique élevé des vols long-courriers soulèvent des questions quant à la nécessité et à la fréquence de ces vols.

Pour la décennie cruciale qui s'étend jusqu'en 2030, le meilleur moyen de réduire les émissions de l'aviation consiste à voler moins, de manière ciblée et équitable. À l'heure actuelle, les technologies décarbonées ne sont pas encore disponibles à grande échelle pour avoir un impact sur la réduction des émissions. Le calendrier de déploiement à grande échelle des carburants durables et des avions zéro émission est actuellement prévu après 2030. À terme, ces technologies contribueront à réduire les émissions de l'aviation. Pour en savoir plus sur la réduction des vols, cliquez ici.

Un secteur très subventionné

L’aviation reste largement subventionnée, de nombreux éléments du secteur – des aéroports en passant par les compagnies aériennes – bénéficiant d’une aide de l’État. En France, les compagnies aériennes sont exonérées de taxes sur le carburant et seuls les vols domestiques sont soumis à une TVA réduite. Selon T&E, en 2025, ces exemptions fiscales ont représenté un manque à gagner de 5 milliards d’euros pour l’Etat français. Ces subventions se traduisent par des billets artificiellement bon marché, ce qui a pour effet d’augmenter la demande et de réduire les incitations à une aviation plus durable.

Quels avions dans le futur ?

Des carburants plus propres et des modifications apportées à la conception des avions peuvent jouer un rôle essentiel dans la réduction des émissions liées au transport aérien. Il est essentiel de veiller à ce que les avions soient aussi efficaces que possible et puissent être alimentés par des carburants alternatifs au kérosène fossile. Ces deux voies ont un rôle à jouer et nécessiteront une coopération entre l'industrie et les régulateurs.

Cependant, il faut utiliser le type de carburant approprié. L'utilisation de biocarburants issus de cultures agricoles a des effets négatifs, tels que la déforestation ou l'augmentation des prix des denrées alimentaires. Il convient donc de se concentrer sur les carburants véritablement durables pour l'aviation. Il peut s'agir de biocarburants avancés, produits à partir de matières premières qui n'entrent pas en concurrence avec l'alimentation (mais qui sont disponibles en quantités limitées), ou de carburants de synthèse produits à partir d'électricité renouvelable (e-kérosène ou e-SAF). Ces derniers présentent le meilleur potentiel de développement dans le futur et sont également les plus durables. Pour en savoir plus sur les carburants durables pour l'aviation, cliquez ici.

Un besoin d'avions radicalement innovants

Le secteur aérien vante depuis longtemps les améliorations apportées à l’efficacité des avions. Mais les ajustements apportés aux conceptions traditionnelles des appareils n’ont pas suffi à compenser la croissance du trafic, ce qui a entraîné une augmentation des émissions. Nous avons besoin d’avions radicalement innovants, notamment d’appareils zéro émission alimentés par de l’électricité propre ou de l’hydrogène issu de sources renouvelables, pour décarboner le secteur. Plusieurs concepts d’avions de ce type ont récemment vu le jour. Des entreprises innovantes, dont beaucoup sont européennes, travaillent actuellement sur ces projets, qui pourraient entrer en service dans les années à venir.

Cependant, le manque de concurrence sur le marché et l’absence de politiques efficaces freinent l’innovation chez les grands acteurs historiques. Aucun nouvel avion commercial de taille moyenne ou grande n’est attendu avant la fin des années 2030, et leurs projets d’avions plus innovants ont été retardés ou suspendus.

Des politiques visant à favoriser les avions plus efficaces et à zéro émission, ainsi qu’un soutien aux entreprises européennes innovantes, seront essentiels pour accroître la contribution des technologies aéronautiques « made in Europe » aux objectifs de décarbonation.

Si les mesures adéquates sont mises en place, des avions révolutionnaires, notamment électriques, hybrides-électriques et à hydrogène, pourraient décoller en Europe et réduire considérablement les émissions de l’aviation au cours des prochaines décennies, tout en consolidant le leadership de l’Europe dans la construction aéronautique.

Payer pour l'impact climatique généré

L’Union européenne a mis en place un marché du carbone pour l’aviation (ETS), qui reste l’une des rares mesures en vigueur visant à lutter contre la hausse vertigineuse des émissions de ce secteur. Dans le cadre de ce marché du carbone, les compagnies aériennes doivent payer pour les émissions générées par leurs vols. Actuellement, seules les émissions des vols effectués au sein de l’Espace économique européen (EEE) sont soumises à cette obligation. 

En 2026, l’Europe doit présenter une proposition visant à corriger ce déséquilibre. Un ETS couvrant tous les vols au départ de l’Europe, y compris les vols long-courriers – qui représentent l’essentiel des émissions du secteur aérien – garantirait une tarification équitable pour tous les vols. De plus, un ETS élargi générerait davantage de recettes pour la décarbonation du secteur.

T&E a publié une feuille de route pour une aviation climatiquement neutre en Europe, qui définit la stratégie à suivre pour réduire les émissions de ce secteur à forte intensité carbone.