Rapport

Les émissions de CO2 de l’aviation atteignent un nouveau record en Europe

7 mai 2026

Malgré cette tendance qui va à l’opposé des objectifs climatiques, le secteur échappe encore largement au marché carbone européen ; deux tiers de ses émissions ne sont pas prises en compte.

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En 2025, les émissions de dioxyde de carbone (CO2) générées par les vols au départ de l’Europe ont dépassé les niveaux pré-Covid, atteignant un nouveau record, comme le révèle une nouvelle analyse de T&E. Le secteur a ainsi émis 195 Mt CO2 dans l’atmosphère, soit une hausse de 2% par rapport à 2019. Avec 22,1 Mt CO2, les émissions françaises, quant à elles, sont quasiment à leur niveau d’avant-Covid .

Cette aggravation de l’impact climatique de l’aviation s’explique notamment par la croissance spectaculaire des compagnies low-cost. La première d’entre elles, Ryanair, a augmenté ses émissions de 50% par rapport à 2019. Il s’agit de la plus forte hausse parmi les 20 premières compagnies aériennes mondiales. Ryanair est aussi la compagnie aérienne qui émet le plus de CO2 en Europe, avec 16,6 Mt relâchées en 2025, ce qui équivaut aux émissions annuelles d’un pays comme la Croatie. En comparaison, les émissions des compagnies historiques avec des réseaux long courriers restent 6% en-dessous des niveaux de 2019, en lien avec la reprise plus faible des vols intercontinentaux.

De manière générale, l’aviation reste le secteur où les émissions croissent le plus rapidement en Europe. Alors que l’agriculture, l’industrie et plusieurs secteurs du transport ont réduit leurs émissions, l’aérien fait l’inverse : depuis 2005, les émissions des vols au départ de l’Europe ont augmenté de 30%. Ces vols européens représentent 23% des émissions mondiales de l’aviation, derrière ceux de l’Amérique du Nord (25%) et de l’Asie (31%). Même si la part européenne reste plus faible que les deux autres, l’Europe est la seule région à dépasser son niveau d’émissions d’avant la pandémie.

Deux tiers des émissions de l’aviation ne sont pas couvertes par le marché carbone

Alors que les émissions du secteur aérien européen ont retrouvé leur niveau d'avant-Covid, les deux tiers de ces émissions ne sont toujours pas couvertes par le marché carbone européen (ETS). En France, ce sont 80% des émissions qui ne sont pas couvertes par l’ETS.

Ce dernier requiert que les compagnies aériennes paient pour leurs émissions de CO2. Cependant, l'ETS ne couvre actuellement que les liaisons intra-européennes. Les vols allant hors de l’Union européenne, qui sont les vols ayant le plus fort impact climatique, sont exemptés. En conséquence, une compagnie aérienne comme Lufthansa ne paie que 20 euros par tonne de carbone, loin des 73 euros payés en moyenne par les autres industries redevables de l’ETS. Les compagnies aériennes qui exploitent principalement des liaisons extra-européennes, comme la compagnie Emirates, ne paient, elles, presque rien.

Pour ces vols extra-européens, les émissions sont couvertes par le système de “compensation carbone” CORSIA, un dispositif extrêmement peu contraignant et sans réelle vertu environnementale démontrée.

Étendre le marché carbone européen à tous les vols partant d'Europe permettrait non seulement de combler cette lacune, mais aussi de dégager d’importantes recettes publiques pour accélérer la transition écologique du secteur aérien. En 2025, l'ETS a généré 4,1 milliards d’euros pour les États membres. Avec une inclusion des vols extra-européens au marché carbone, ce chiffre pourrait atteindre près de 17 milliards d’euros par an d’ici 2030. T&E recommande de consacrer une partie de ces recettes à l'augmentation de la production de carburants alternatifs pour l’aérien et au financement de mesures visant à éviter les traînées de condensation, des mesures qui apporteraient des bénéfices climatiques immédiats tout en renforçant la capacité industrielle dont l'Europe a besoin pour une aviation zéro émission.

« Le fait que les émissions de l'aviation atteignent un nouveau sommet doit sonner l’alarme pour les gouvernements européens. Le secteur ne se prend pas en main et a donc besoin d’un cadre réglementaire plus contraignant. En 2025, deux tiers de ses émissions sont encore exemptées de marché carbone. C’est l’équivalent d’une subvention publique de 8,5 milliards d’euros à l’aviation européenne, ce qui n’a aucune justification vu son impact climatique désastreux et les contraintes budgétaires qui pèsent sur les États, explique Jérôme du Boucher, responsable aviation de T&E France. En étendant le marché carbone à tous les vols au départ de son territoire, l’Europe pourrait mieux refléter l’impact climatique des vols long-courriers dans le prix des billets et générer 17 milliards d’euros de recettes annuelles, notamment pour soutenir la transition vers des carburants alternatifs. Il est temps d’arrêter la subvention aux combustibles fossiles et d'investir dans l’avenir du secteur aérien ».

L’augmentation du prix du pétrole est la seule responsable de la hausse actuelle du prix des billets d’avion, non le marché carbone

Les pressions exercées par l'industrie pour affaiblir ou supprimer l'ETS se sont intensifiées, notamment suite à la guerre en Iran. Pourtant, T&E constate que le marché du carbone n'est pas responsable de la hausse spectaculaire des prix des billets ; c'est plutôt la dépendance du secteur aérien aux combustibles fossiles qui en est la cause.

En effet, l'analyse de T&E montre que pour les vols long-courriers, le choc pétrolier actuel conduit à un surcoût théorique d'environ 90 € par passager pour le carburant, dans un scénario sans couverture d’achat du kérosène. L'obligation relative aux carburants alternatifs (SAF) ajoute elle environ 3 €, et les coûts liés à l'ETS sont nuls, car le marché du carbone ne s'applique pas aux vols long-courriers. Sur les vols court-courriers, la volatilité des prix du kérosène ajoute environ 30 € par passager, tandis que les politiques climatiques ajoutent moins de 10 €. Les prix des billets augmentent donc en raison de la dépendance de l'Europe aux combustibles fossiles, et non à cause des mesures climatiques visant à détourner le secteur de ces derniers.