Transport zéro émission : un coût marginal pour les grandes entreprises, aucun impact sur les prix à la consommation
Si les camions électriques coûtent deux à trois fois plus cher à l’achat, le surcoût des prestations de transport zéro émission reste limité : environ 10 % en moyenne. Dès lors, en s’appliquant sur une partie des flux des plus grandes entreprises, ce surcoût devient marginal. L’électrification ne fera pas augmenter le prix des produits de consommation, et constitue un signal positif pour l’industrie européenne. Mieux : elle aura des bénéfices nets en termes de qualité de l’air et de réduction des gaz à effet de serre.
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La crise pétrolière actuelle rappelle toute l’urgence de décarboner l’économie, et notamment le transport routier de marchandises. Dans ce contexte, le projet de loi-cadre sur les transports, qui sera discuté en séance au Sénat le mois prochain, est l’occasion pour la France d’accélérer le mouvement. Ce texte prévoit en effet dans son article 18, une obligation pour les grandes entreprises de recourir à des prestations de transport zéro émission, suivant une trajectoire progressive : 0,5% de leurs dépenses de prestation dès 2026, puis 6% en 2030 pour atteindre 30% en 2035.
Cette mesure est parfois perçue comme comportant un risque inflationniste : comment ne pas imaginer que le coût plus élevé des camions électriques se répercute sur le tarif de la prestation de transport et, in fine, sur le prix des marchandises transportées ? Autrement dit, passer à l’électrique fera-t-il augmenter le prix des pizzas ?
Pour y voir plus clair, T&E a demandé au cabinet Carbone 4 d’analyser l’impact potentiel de la mesure telle que proposée dans l’article 18. Le résultat est clair : pour les transporteurs, le surcoût kilométrique moyen d’un camion à batterie est de 26% par rapport à un thermique, hors aides à l’achat. Si l’on prend en compte les aides à l’achat, ce surcoût est de 18%. Enfin, lorsque ce surcoût est intégré dans le prix des prestations de transport, qui comprend le coût du camion, mais aussi les salaires, les péages et les charges; il induit alors une augmentation moyenne de 10% des prestations facturées par les transporteurs.
Si demain, toutes les prestations de transport devaient être immédiatement réalisées par camion électrique, cela aurait un impact sur les prix. Mais tout l’intérêt de la loi cadre est de prévoir un recours progressif au transport zéro émission, sur une partie des flux logistiques seulement, et uniquement pour les grandes entreprises (aussi appelées « chargeurs »). Pour ces dernières, les dépenses de transports représentent une part limitée de leurs coûts globaux. Résultats, l'impact pour les chargeurs est marginal : le surcoût kilométrique est estimé à 0,04% en 2026, 0,006% en 2028.
Par ailleurs, la baisse attendue du prix des camions électriques devrait rapidement réduire cet écart. L’impact sur le prix des prestations sera d’autant plus rapide : le surcoût d’une prestation de transport en électrique sera neutre d’ici 5 ans. Autrement dit, les grandes entreprises, loin de faire face à un mur financier pour respecter la loi, devraient même économiser de l’argent en recourant au camion électrique dès 2030. Celles qui s’y seront préparées seront avantagées.
Cette analyse d’impact montre l’intérêt d’impliquer les chargeurs — notamment les grandes entreprises, et l’intérêt de voir aboutir la loi cadre dans les mois à venir. A la fois pour répartir les coûts au sein de la filière, booster la demande en camions électriques et soutenir la filière industrielle européenne dans un contexte de concurrence chinoise accrue.
Cette dynamique est déjà à l’œuvre en Europe. Les ventes de camions électriques ont fortement progressé en 2025, après l’entrée en vigueur du premier règlement européen sur la réduction des émissions de CO₂ des poids lourds. Depuis juillet 2025, 5,6 % des camions neufs vendus sont électriques. Les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Danemark sont aujourd’hui les pays pionniers, avec une part de l’électrique comprise entre 16 et 18 %.
Fondée sur des technologies désormais matures et économiquement viables, cette transition peut réduire rapidement la dépendance de l’économie européenne au pétrole tout en améliorant la qualité de l’air.
L’électrification du transport routier n’est donc ni un risque pour la compétitivité des entreprises ni un facteur d’inflation pour les consommateurs. Le gouvernement doit désormais soutenir l’inscription rapide de la loi-cadre sur les transports à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et défendre l’adoption de cette mesure sans en réduire l’ambition.
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