Briefing

Quel avenir pour le leasing social ? 5 scénarios passés au crible

30 juin 2026

T&E propose une analyse inédite de plusieurs politiques publiques possibles pour la poursuite du leasing social, avec l’ambition d’avoir au moins un million de voitures électriques immatriculées grâce à ce dispositif d’ici 2046.

Alors que l’édition 2026 du leasing social va démarrer dans deux semaines, T&E ouvre le débat sur le futur de cette mesure innovante. Le bilan des précédentes éditions plaide en faveur de la poursuite du leasing social après l’élection présidentielle de 2027 : en soutenant la mise en circulation de 100 000 véhicules électriques (VE), il a permis de démocratiser le véhicule électrique, d’améliorer le pouvoir d’achat des ménages bénéficiaires, et de créer une demande additionnelle pour l’industrie automobile. S’il a été aussi parfois critiqué pour son coût ou son nombre limité de bénéficiaires, les voix se multiplient aujourd'hui dans le débat public pour aller plus loin : 1 million de véhicules électriques en leasing social permettraient de créer les conditions pour un marché abordable du VE.

Dans ce contexte, T&E publie une étude inédite, basée sur le travail de Bernard Jullien, enseignant-chercheur en économie à l'université de Bordeaux et expert du secteur automobile. Ce travail apporte des réponses concrètes au défi du passage à l’échelle pour les futurs décideurs politiques : comment faire pour atteindre un parc de 1 million de VE en leasing social?

Au travers de 5 scénarios, T&E propose 5 façons de mener cette politique publique, avec à chaque fois des modalités de gouvernance, des acteurs spécifiques, des mécanismes de financement dédiés. Chacun de ces scénarios est une projection sur 20 ans, pour donner à voir les effets à moyen et long terme :

  • Le scénario 1 est celui du prolongement du leasing social dans sa forme actuelle, avec 50 000 véhicules par an et une durée de location de 3 ans. Le tout financé par un mécanisme extra budgétaire, ici les certificats d’économie d’énergie (CEE).

  • Les scénarios 2 et 3 réhaussent l’ambition de départ, en passant à 85 000 véhicules financés par an, avec une implication accrue des sociétés de leasing. La durée de location est allongée à 11 ans, avec un ou plusieurs locataires successifs. Deux formes distinctes sont modélisées : le partenariat public-privé (PPP - scénario 2), et la délégation de service public (DSP - scénario 3).

  • Les scénarios 4 et 5 supposent une implication plus forte de l’Etat. Le scénario 4 imagine la création d’une agence publique de leasing. Cette agence prévoit un choc d’offre, avec 1 million de véhicules mis à la route en trois ans seulement, distribués par les relais de l’Etat (régions, services déconcentrés). La durée de location est également fixée sur 11 ans, avant revente sur le marché de l’occasion. Le scénario 5 met en avant le modèle des régies coopératives locales, afin d’impliquer le réseau des acteurs de la distribution automobile, les garagistes et celui des acteurs de la mobilité solidaire.

Les principales caractéristiques des scénarios sont résumées ci-dessous :

« Avec ces scénarios, nous voulons montrer qu’il est possible de massifier le leasing social, en l’adossant à une stratégie d’investissement à long terme, en impliquant les acteurs qui sont compétents pour produire, financer, réparer, accompagner les publics fragiles, explique Marie Chéron, directrice de T&E France par intérim. Ces propositions illustrent ce qu’il est possible de faire pour atteindre un parc social d’un million de véhicules électriques ».

Recommandations :

T&E identifie d'ores et déjà, au travers de chacun de chacun des scénarios, des leviers pour massifier le leasing social.

  • Viser un parc social d’au moins 1 million de véhicules, dans le cadre d’une politique publique de moyen terme, prévisible et stable.

  • Explorer à court terme l’opportunité du montage d’une Délégation de service publique (DSP), qui permet un pilotage par l’Etat et l’implication d’acteurs complémentaires.

  • Débloquer les capacités d’investissement au niveau national et européen, en facilitant l’accès au capital : prêts à taux zéro, garanties de crédits, anticipation des recettes du marché carbone européen, mobilisation de l’épargne citoyenne.

  • Intégrer les différents acteurs dans une gouvernance ouverte sur la transition du parc automobile : banques et sociétés de leasing, garagistes et agents de marques, professionnels de la mobilité solidaire, régions et AOM. Soutenir la montée en compétence des acteurs de la filière et des acteurs sociaux est une condition pour ne laisser personne de côté dans cette transition automobile.

  • Planifier une montée en capacité du dispositif d’ici 3 à 5 ans, dans le cadre d’un deal avec les constructeurs.

  • Organiser l’activité de location en considérant une durée de location des véhicules de 11 ans, avec un ou plusieurs bénéficiaires, et une valeur minimale de revente permettant des revenus.