Malgré leur impact climatique supérieur, les croisières sont bien moins taxées que les hôtels
Un séjour à bord d'un bateau de croisière en Europe est taxé 40 % de moins qu'une nuit d'hôtel, alors qu’il accroît le surtourisme et génère d’importants impacts environnementaux. T&E réclame des réformes fiscales afin de garantir que les navires de croisière paient leur juste part.
Une nuit à bord d’un bateau de croisière est taxée près de deux fois moins qu’une nuit à l’hôtel, comme le révèle une nouvelle étude de T&E. Cette différence n'est pas justifiée : les bateaux de croisières ont un fort impact environnemental et exercent une pression sur les infrastructures locales [1]. T&E appelle à une révision de la fiscalité afin d’aider les villes à faire face aux coûts externes liés aux croisières.
L’analyse porte sur les taxes applicables pour un hôtel affiché à 100€ la nuit en France, en Italie et en Espagne, comparées à celles des croisières proposant des tarifs similaires. En France par exemple, les clients des hôtels paient 24 % du prix en taxes, tandis que les passagers des croisières n’en paient que 9 %.
Les croisières sont officiellement classées comme une forme de transport maritime, alors qu’en pratique, ce sont des hébergements touristiques. Cette faille juridique leur permet notamment d’échapper au paiement de la TVA et des taxes sur les carburants. Fanny Pointet, responsable du secteur maritime chez T&E, déclare : « Ces hôtels flottants ne sont pas des infrastructures maritimes essentielles. Les croisières ne constituent pas un moyen de transport vers une destination, elles sont la destination elle-même. Pourtant, elles ont les mêmes avantages que le transport de marchandises. Taxer les navires de croisière à leur juste valeur aiderait les villes à lutter contre la pollution et à répondre aux préoccupations liées au surtourisme ».
L’étude montre qu’une grande partie des externalités négatives – provenant des émissions de gaz à effet de serre et des polluants atmosphériques – générées par les navires de croisière ne sont pas prises en compte par les politiques existantes. Dans les régions méditerranéennes de la France, de l’Espagne et de l’Italie, ces coûts externes se situaient entre 550 millions d’euros et 930 millions d’euros en 2025 [2]. Le marché carbone existant (ETS Maritime) ne suffit pas à compenser ces coûts, d'autant plus qu'il n'a pas vocation à couvrir les externalités générées par la pollution atmosphérique.
Une taxe de 15 € par passager permettrait de collecter 55 millions d’euros par an en France
Selon T&E, le principal moyen de combler ce déficit serait de mettre en place des taxes nationales sur les billets de croisière. À l’heure actuelle, au sein de l’UE, seule la Grèce a appliqué une telle taxe au niveau national, dont le montant varie entre 5 et 20 € selon la saison. Au niveau local, des villes telles qu’Amsterdam, Barcelone ou Dubrovnik appliquent aussi des taxes.
Une taxe de 15 € par passager et par escale permettrait de collecter 55 millions d’euros par an en France, selon les simulations de T&E. Cette recette pourrait être reversée au budget de l’Etat, affectée à la protection des écosystèmes des zones côtières ou utilisée pour financer des infrastructures telles que l’alimentation électrique à quai.
Mais à elles seules, ces taxes ne suffiront pas à combler l’écart entre le coût environnemental des croisières et les contreparties financières. « Une taxe sur les navires de croisière doit être considérée comme s’inscrivant dans un ensemble de mesures réglementaires plus large. Pour atténuer pleinement l’empreinte environnementale du secteur, des politiques parallèles axées sur l’offre sont nécessaires », conclut Fanny Pointet.
T&E recommande de renforcer la réglementation européenne sur les carburants marins durables (FuelEU Maritime) et de resserrer les critères d’efficacité énergétique. Le trafic des navires de croisière pourrait également être restreint si nécessaire, par exemple en fixant un seuil maximal d’escales par jour ou par an. Enfin, selon T&E, la TVA applicable aux navires de croisière devrait être alignée sur celle du secteur touristique classique.
Notes
[1] Selon l'ICCT, un passager de croisière génère deux à quatre fois plus de CO₂ que des vacanciers qui prendraient l'avion ou la voiture pour partir en vacances et séjourneraient dans des hôtels.
[2] La fourchette estimée repose sur deux valeurs alternatives du carbone calculées par CE Delft (2019) et Quinet (2025). La méthodologie complète et les sources sont disponibles dans le briefing.
Plus d'articles sur le sujet
Voir tout
Le conflit en Iran coûte 340 millions d’euros par jour au secteur maritime
Décarboner le secteur permettrait de le rendre plus résilient aux futurs chocs pétroliers.
Plus de la moitié des ferries d’Europe pourraient être 100% électriques et rentables en 2035
En France, environ 20% des ferries pourraient être électrifiés et présenter un intérêt financier d’ici 2035
L’Espagne et le Danemark en pointe pour produire les carburants maritimes du futur, la France dans le top 5
Le manque de stabilité réglementaire empêche la plupart des projets d’aller au-delà de la simple étude de faisabilité.