En pleine crise pétrolière, la France ne doit pas troquer sa dépendance au diesel contre une autre aux biocarburants
T&E demande au gouvernement la mise en place d’un véritable plan d’urgence pour les transports afin d’offrir une solution rapide aux Français piégés par la hausse des carburants.
Document de référence
Les prix records atteints par le diesel dans les stations-service coûtent très cher aux automobilistes : selon une nouvelle analyse de T&E, le surcoût du diesel lié à la crise pétrolière coûte 203 millions d’euros par jour à l’Europe [1]. La France est particulièrement exposée puisqu’elle a longtemps favorisé ce carburant, et qu’elle héberge presque 20% de la flotte européenne de voitures diesel. La persistance des conflits touchant directement la production ou le raffinage de ce carburant oblige désormais à penser sur le long terme.
« Le gouvernement doit prendre conscience que les prix élevés, notamment ceux du diesel, sont là pour durer, explique Diane Strauss, directrice de T&E France. Plutôt que de céder à la facilité en sacrifiant les moyens de la transition énergétique pour subventionner encore une fois les carburants fossiles, il faut mettre en œuvre un plan d’urgence pour les transports qui soit cohérent avec l’objectif de décarbonation. Le développement d’un réseau de cars express, tout comme la massification du leasing social permettraient d’offrir rapidement une alternative à la voiture thermique à des millions de Français. Un tel plan devrait être financé par une taxe sur les profits exceptionnels des entreprises pétrolières. ».
Le gouvernement aurait tout intérêt à favoriser ce plan plutôt que d’envisager un hypothétique recours accru aux biocarburants, comme évoqué cette semaine par Emmanuel Macron dans son courrier envoyé à Ursula Von der Leyen. En effet, une récente analyse de T&E sur les biocarburants de première génération rappelle leurs nombreuses limites :
Pas de souveraineté : la France importe 73% du biodiesel qu’elle consomme (qui représente la majeure partie des biocarburants utilisés en France), et 48% des bioessences. Consommer plus de biocarburants ne renforcera pas notre indépendance énergétique.
Pas de gain économique : Le déficit commercial associé aux seuls bioessences et biodiesel raffinés est passé de 1,31 milliard d'euros en 2019 à 2,64 milliards d'euros en 2024. Une augmentation des importations ne ferait qu’accroître ce déficit.
Pas de gain environnemental et climatique clairement établi : augmenter la surface agricole dédiée aux biocarburants en France ne règlerait pas non plus le problème. Les cultures dont sont issues les biocarburants (colza, maïs…) nécessitent une ressource en eau qui devient problématique au fur et à mesure que le changement climatique s’intensifie. L’utilisation des biocarburants issus de matières premières agricoles peut en outre entrer en conflit avec l’alimentation humaine. A cela s’ajoute un autre effet : le développement des carburants comme l’E85 et le B100 consiste en grande partie à réorienter un volume de biocarburants déjà disponible vers certains usages. Autrement dit, un litre de biodiesel utilisé en B100 est un litre de biodiesel qui ne pourra pas être incorporé au gazole B7 destiné à un autre véhicule. Ce mécanisme conduit la Direction Générale des Entreprises (DGE) à conclure, à propos du B100, qu’ « aucun potentiel décarbonant significatif à l’échappement ou sur le cycle de vie n’est observé ».
Pas de transparence sur les gains de la filière : La formation des prix et des marges dans la filière des biocarburants, aussi bien pour les carburants incorporés que pour le E85 et le B100, reste très peu documentée publiquement. L’opacité qui entoure ces résultats est d'autant plus problématique que le soutien public au développement de ces carburants représente des montants importants. Une meilleure transparence sur les prix, les marges et la répartition de la valeur entre producteurs agricoles, transformateurs et distributeurs permettrait de mieux évaluer les effets de cette politique de soutien.
« Les biocarburants issus de cultures agricoles ne peuvent pas être la réponse à la crise pétrolière, conclut Diane Strauss. Ne nous enfermons pas dans cette nouvelle dépendance qui ne sera pas bénéfique pour le pays. A la place, accélérons sur l’électrification qui nous permettra de retrouver des marges de manœuvre financières en diminuant la facture énergétique ».
Note
[1] En moyenne depuis le début du conflit. T&E ne tient pas compte des baisses de taxes, car celles-ci ne réduisent pas le coût réel : la baisse des taxes à la pompe représente une perte de recettes publiques que les contribuables doivent, en fin de compte, compenser ailleurs.
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