Rapport

L’UE pourrait perdre l’équivalent de 34 gigafactories si elle affaiblit ses objectifs de voitures électriques

12 mai 2026

Le développement d’une chaîne de valeur des batteries pourrait être remis en cause si l’Europe recule sur les objectifs CO2 des voitures.

Selon un nouveau rapport de T&E, affaiblir les objectifs de l'UE sur le CO2 des voitures mettrait en péril l'équivalent de la production de 34 gigafactories de type Northvolt (30 GWh/an). L'analyse se base sur le « coût d'opportunité industriel » d'un assouplissement des objectifs qui suivrait les demandes des constructeurs automobiles. Ce scénario entraînerait une division par deux de la production de voitures électriques (VE) en 2030 par rapport aux projections actuelles, tandis que l'UE dépenserait 50 milliards d'euros supplémentaires en importations de pétrole [1].

Les véhicules électriques constituent désormais le principal moteur des investissements dans l'industrie automobile mondiale, et au sein de l'UE, ce sont les objectifs en matière de CO₂ qui déterminent le rythme de la transition vers l'électrique. Le rapport de T&E examine trois scénarios – la réglementation européenne actuelle, la proposition de la Commission européenne qui l'affaiblit, et les revendications supplémentaires de l'industrie automobile [2] – et conclut qu'un assouplissement des objectifs entraînerait des coûts industriels considérables.

Une capacité de production future qui risque d’être fortement revue à la baisse en France

Si la demande de l'industrie automobile visant à lisser l'objectif européen de 2030 sur cinq ans était acceptée, la production potentielle de VE dans l'UE pourrait diminuer de moitié pour s'établir à 3,7 millions d'unités en 2030. Un assouplissement de l'objectif d'émissions pour 2035, comme le réclame également l'ACEA, entraînerait par ailleurs une baisse de 46 % de la production prévue de VE pour cette année-là.

Alors même que l'UE prévoit des politiques industrielles pour soutenir le secteur des batteries, revoir à la baisse les objectifs pour les VE réduirait la demande pour ce composant stratégique. La capacité de production potentielle de batteries pourrait ainsi diminuer de plus des deux tiers d'ici 2030, ce qui équivaut à la perte de 34 usines de type Northvolt et jusqu'à 47 000 emplois, selon les estimations de T&E

En France, il est prévu d'augmenter massivement la capacité de production de batteries, pour atteindre 187 GWh d'ici 2030. Mais si seuls les investissements les moins risqués sont menés à bien, la capacité de production n'atteindra que 38 GWh d'ici 2030.

Bastien Gebel, responsable de la décarbonation de l'industrie automobile pour T&E France, explique : « Si l'Europe consolide la production de véhicules électriques sur son territoire, elle pourra être à l'avant-garde de la création d'une nouvelle base industrielle dans le domaine des technologies propres. Mais si elle affaiblit ses objectifs climatiques pour l'automobile, la Chine prendra encore plus d'avance et l'UE risque de perdre ses industries naissantes sur l’intégralité de la chaîne de valeur électrique en raison de ses hésitations stratégiques. »

Une dépendance aux importations de batterie qui restera élevée si l’ACEA obtient gain de cause

Le rapport révèle en outre que la fabrication de cathodes en Europe, le composant le plus précieux d’une batterie, pourrait couvrir plus des deux tiers des besoins du continent d’ici 2030 – à condition que des règles strictes en matière d’émissions de CO2 des voitures soient mises en place. De même, dans ce scénario, l’UE pourrait drastiquement réduire sa dépendance aux importations de batteries et produire localement 93% de sa demande en 2030.

Mais si les amendements proposés par l’industrie automobile sont adoptés, seuls cinq projets d’usines de cathodes devraient voir le jour, couvrant à peine plus de 10 % de la demande prévue pour 2030. La dépendance aux importations de batteries atteindrait quant à elle 63%. Des objectifs CO2 trop faibles compromettraient donc l’ensemble de la chaîne de valeur.

Les législateurs européens débattent actuellement de la proposition de la Commission visant à assouplir les objectifs de réduction des émissions de CO2 des voitures. T&E appelle les députés européens et les gouvernements à rejeter tout assouplissement de l'objectif pour 2030, y compris en le « lissant » sur plusieurs années.

Notes

[1] La baisse de l'adoption des véhicules électriques résultant d'objectifs de réduction des émissions de CO₂ moins ambitieux pourrait coûter à l'UE 50 milliards d'euros en frais supplémentaires d'importation de pétrole entre 2026 et 2035. Ce chiffre est à comparer à un scénario dans lequel la législation actuelle serait maintenue.

[2] Le scénario “industrie automobile” table sur un objectif de réduction des émissions de CO₂ de 80 % d'ici 2035 (au lieu de 100 %), une période de référence de cinq ans pour l'objectif de 2030 en matière de CO₂, et un élargissement du champ d'application des super-crédits. Cette modélisation a été réalisée avant la publication, en avril 2026, d'un document de l'ACEA qui préconise d'affaiblir encore plus les normes d'émissions de CO₂ pour les voitures.