Hybrides rechargeables : face à l’Allemagne, la France doit tenir bon sur la mise à jour du calcul des émissions de CO2
L’écart entre les émissions WLTP et les émissions réelles des hybrides rechargeables n'a cessé de grandir au fil des ans, pesant lourdement sur le portefeuille des automobilistes. Pour combler ce fossé, T&E demande à la France et à l’UE de ne pas céder sur la révision du facteur d’utilité (UF).
Alors que la France et l’Allemagne poursuivent leurs négociations pour parvenir à un accord sur le paquet automobile, un potentiel scandale s’annonce sur la question de la mise à jour des émissions officielles (WLTP) des hybrides rechargeables (PHEV), qui se retrouve une fois de plus au cœur des discussions. T&E met en garde contre toute tentative de gel du facteur d’utilité (UF), le paramètre clé qui sert à calculer les émissions officielles des PHEV.
Pour Diane Strauss, directrice de T&E France, « annuler la prochaine correction de l'UF reviendrait à truquer délibérément les chiffres des émissions de CO2. Si la France cède à l’Allemagne sur ce point, les constructeurs continueront à surestimer l'autonomie en mode électrique des véhicules hybrides rechargeables, ce qui se traduira par une augmentation des dépenses en carburant pour les consommateurs et renforcera la dépendance de l'UE vis-à-vis du pétrole ».
Le facteur d’utilité estime la part moyenne de la conduite totale effectuée en mode électrique, sur la base de l’autonomie électrique (en km) mesurée en conditions de laboratoire. Plus l’autonomie est élevée, plus on considère que le PHEV roule en mode électrique, et émet donc moins de CO2.
Mais comme T&E l’a montré dans ses précédentes analyses, le calcul officiel reposait jusqu’à présent sur des hypothèses trop optimistes d’utilisation du mode électrique, entraînant des écarts significatifs entre les émissions réelles et officielles. Ainsi, les PHEV vendus en 2024 ont émis quasiment 6 fois plus de CO2 que ce qu’annonçait leur fiche technique. Cet écart se traduit par des dépenses de carburant de 680 € supplémentaires par an en moyenne pour le propriétaire d'un PHEV.
La mise à jour du facteur d’utilité est le strict minimum que l’UE puisse faire
Pour remédier à cet écart, la Commission européenne a prévu une correction de l’UF selon une approche en deux étapes. La première correction est entrée en vigueur en 2025 pour les véhicules hybrides rechargeables nouvellement homologués et en 2026 pour les modèles existants. Une deuxième correction est prévue pour le 29 novembre 2026 (nouvelles homologations) puis le 29 novembre 2027 (tous les véhicules neufs). Pour T&E, cette modification est un strict minimum, puisque même à l’issue de cette mise à jour, il devrait subsister un écart de 47% entre émissions officielles et réelles.
Des mesures complémentaires à prendre pour limiter les émissions des PHEV
Pour limiter les émissions des hybrides rechargeables, les constructeurs peuvent choisir d’augmenter l’autonomie électrique des PHEV. Selon l’analyse de T&E, une autonomie électrique comprise entre 140 et 220 kilomètres serait suffisante pour rester sous le seuil des 50gCO2/km en mesure WLTP d’ici 2030.
Par ailleurs, afin de réduire les émissions en conditions réelles, T&E estime que l'UE devrait aussi prendre les mesures suivantes pour les PHEV neufs avant leur interdiction en 2035 :
Fixer un rapport de puissance entre le moteur électrique et le moteur thermique : la puissance du moteur électrique devrait être au moins trois fois supérieure à celle du moteur thermique. Cela garantit que le véhicule peut fonctionner en mode 100 % électrique dans toutes les conditions. Cela garantit également que le moteur à combustion n’est pas trop puissant, car les émissions réelles des PHEV sont en partie liées à la puissance du moteur.
Permettre la recharge rapide (supérieure à 100 kW). Cela garantit que les conducteurs sont incités à recharger régulièrement lors de longs trajets ou lorsque la recharge classique n’est pas disponible à domicile ou au travail.
Fixer la capacité maximale du réservoir de carburant à 15 litres. La limitation de la capacité du réservoir garantit que les conducteurs sont incités à recharger le véhicule. Avec une capacité de réservoir de 15 litres et une consommation de carburant de 6,7 L/100 km, un PHEV pourrait parcourir 220 km en mode thermique, soit autant qu’en mode électrique s’il dispose d’une batterie suffisante.
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