TRANSPORT DURABLE ET MOBILITE REFLEXIVE

Sans conteste économiquement viable et toujours acceptable pour la collectivité

 

Jörg Beckmann, Fédération européenne pour le transport et l’environnement (T&E)

 

 

1.                  Introduction

 

Dans le secteur des transports, il se dégage une large convergence de vues sur le fait que ses performances ne sont pas écologiquement viables. Nous nous accordons tous plus ou moins à reconnaître que la façon dont notre société a organisé le transport de personnes et de marchandises est, à certains égards, injuste sur le plan social, inéquitable du point de vue économique et dommageable pour l’environnement. Il y a accord, en outre, sur certains principes fondamentaux propices à la mise en place d’un transport durable, notamment « l’internalisation des coûts externes », « le principe pollueur-payeur » ou « la concurrence intermodale équitable ». Mais l’entente générale ne va probablement pas au-delà. Certes, presque tous les acteurs de la collectivité peuvent souscrire à une même conception du « transport durable », mais les plus influents d’entre eux ne sont généralement pas enclins à s’orienter vers sa mise en œuvre. Comme si ce manque de volonté politique ne suffisait pas, les gouvernements et les entreprises parlent souvent d’une même voix pour écarter des stratégies qui vont dans ce sens en alléguant, par exemple, qu’elles ne sont « pas acceptables » ou « pas réalistes ». En dépit du ralliement des entreprises et des pouvoirs publics à une même conception du transport durable, les mesures légales et réglementaires visant à améliorer à la fois les transports et l’environnement sont rejetées au motif qu’elles ne sont ni acceptées par la collectivité ni économiquement viables.  « Acceptabilité zéro » ou « irréalisme » sont des reproches adressés maintes et maintes fois encore aux militants en faveur de transports « verts » et aux planificateurs qui cherchent à les mettre en œuvre. Il est temps aujourd’hui de déconstruire ces mots creux et de démontrer que le transport durable est toujours acceptable pour la collectivité et sans conteste économiquement viable.

 

En conséquence, dans la première partie de ce document, nous exposons pourquoi l’acceptabilité sociale et la viabilité économique du transport durable sont généralement fortes. A cet effet, nous présentons un certain nombre d’arguments solides en faveur du transport durable et les transposons dans le cadre des débats sur les mesures jugées réalistes ou acceptables et celles qui ne le sont pas.

 

Les arguments que nous évoquons ici ont toujours guidé les travaux de la T&E et continueront de le faire. Il faut souligner que, malgré le consensus sur le constat que le transport n’est pas durable, les politiques sont encore loin de traduire en actes d’importantes recommandations pour l’action formulées par la T&E et d’autres ONG environnementales. Le fait que les décideurs fassent peu de cas des mesures durables justifie assurément que nous insistions à faire passer le message selon lequel le transport durable est toujours acceptable pour la société et sans aucun doute économiquement viable. Néanmoins, le déficit de volonté politique qui prédomine lorsqu’il s’agit de prendre en compte l’environnement dans le secteur des transports (par exemple au sein de la Commission européenne) nous incite également à nous demander : « pourquoi ce manque de volonté ? » et, ce qui importe plus encore, « que faire pour la stimuler ? ».

 

Aussi avançons-nous, dans la deuxième partie de ce document, une notion nouvelle pour apporter des débuts de réponse à ces questions. Il s’agit de la « réflexivité », à savoir l’aptitude d’un individu, d’une organisation ou d’un secteur dans son ensemble, à être autoréférentiel, auto-analytique, auto-interprétatif et autocritique. Nous proposons ensuite d’améliorer la réflexivité des acteurs décisifs dans le domaine des transports, notamment les entreprises multinationales, ainsi que les administrations européennes et nationales. Nous affirmons que ces institutions doivent modifier leur façon de voir les transports et la mobilité pour que la notion de développement durable soit opérante. Nous soutenons que la politique en faveur du transport durable prend corps à l’intérieur des organisations qui élaborent les politiques des transports ; elle naît en fait dans l’esprit du responsable de bureau, de l’ingénieur ou du planificateur qui apporte son concours à ce processus. Tous doivent proposer une « mise en perspective plus réflexive de la mobilité » afin de renforcer la volonté politique de mettre en œuvre des politiques de transport durable.

 

Il faut voir dans notre proposition le fruit d’une réflexion renouvelée sur notre travail quotidien en tant qu’ONG environnementale. Nous avons compris qu’il n’est pas possible de favoriser la viabilité écologique des transports sans accroître la réflexivité des organisations concernées. Cette hypothèse prise au départ, nous suggérons de compléter la notion de transport durable par celle de mobilité réflexive.

 

La notion de mobilité réflexive entend caractériser une idée différente de l’avenir des transports au sein de la société. Elle cadre parfaitement avec les politiques de transport durable et les principes que celles-ci préconisent, mais dépasse les limites du secteur pour définir une devise applicable à toutes sortes de mobilités différentes, en introduisant la « réflexivité » dans le débat sur les transports. La mobilisation réflexive est donc l’effort que déploie une société pour permettre une répartition plus équitable de la mobilité.

 

En intégrant la notion de « mobilité réflexive » dans le débat sur « les déterminants de la demande de transport », nous cherchons à dépasser une gestion pure et simple de ces déterminants. Nous devons plutôt changer que gérer les facteurs moteurs d’ordre social, économique ou technologique ! Dans cette optique, la réflexivité se présente comme un instrument de nature à transformer les organisations publiques et privées qui reproduisent ces moteurs de la demande de transport. Elle vise dès lors à rendre effective la « responsabilité mondiale », dont on parle souvent, au sein d’organisations transnationales telles que le secteur de l’aviation ou la Commission européenne. Nous affirmons que, pour maîtriser les déterminants de la demande de transport, il s’impose, d’abord et avant tout, de créer une vision différente (et plus réflexive) de la mobilité à l’intérieur même de ces organisations ‑‑ il faut modifier la conception qu’ont les gens et les organisations du transport et de la mobilité.

 

 

2.                  Une viabilité économique incontestable

 

La viabilité économique du transport durable est absolument indéniable. En général, prétendre que l’internalisation des coûts externes des transports n’est pas viable du point de vue économique, voire qu’elle ferait tort à l’économie, n’a guère de sens. En fait, c’est le contraire qui est vrai : moins de transport est un bienfait pour l’économie ! Pourquoi ? Parce qu’une réduction du transport fera augmenter à la fois l’efficience économique et la productivité. Elle encouragera une utilisation plus rationnelle de ressources limitées, telles l’énergie, les terres ou l’air pur, et accroîtra la productivité économique dans les régions ayant pâti d’une répartition déséquilibrée de la richesse en raison de la concentration spatiale ou de la centralisation.

 

Quels types d’instruments économiques faut-il adopter dans le secteur des transports pour renforcer l’efficience et la productivité, et promouvoir le développement durable ? Le transport durable passe par la mise en œuvre de systèmes de tarification appropriés tenant compte des coûts externes du transport. Pour l’heure, les décideurs politiques en Europe débattent sur le bien-fondé de différentes méthodologies pour estimer le coût marginal social du transport. Les économistes ont proposé plusieurs moyens de parvenir au « prix parfait » en prenant en considération le « consentement à payer » de la population, ou en calculant ce que coûterait effectivement le fait d’éviter une détérioration plus grave de l’environnement. Ces débats scientifiques étaient d’une importance cruciale à l’époque où il fallait mieux faire connaître la dimension monétaire des incidences dommageables des transports sur la santé humaine et l’environnement naturel. Comme nous comprenons mieux maintenant les rapports entre les transports, l’économie et l’environnement, le moment est venu d’engager une action politique immédiate et cohérente. Au lieu de rechercher le prix exact qui permettrait de couvrir le coût social marginal, nous devons nous demander et décider « combien » de transport nous voulons. Ainsi, plutôt que de « court-circuiter » le débat politique sur le transport durable, les économistes devraient aider à mettre en œuvre les mesures économiques et fiscales destinées à atteindre les objectifs politiques que la société civile s’est fixé.

 

La tarification des transports est une mesure efficiente pour respecter les objectifs internationaux de réduction des émissions de GES, ainsi que pour lutter contre le bruit et la pollution atmosphérique dans les zones urbaines et pour améliorer la sécurité routière de tous. La tâche qui nous attend consiste à définir des objectifs semblables à ceux du Protocole de Kyoto et à faire en sorte qu’ils soient respectés dans le secteur des transports. Le prix du transport au sein de l’Union européenne est donc nécessairement lié aux indicateurs et objectifs environnementaux sur lesquels les gouvernements des pays européens se sont mis d’accord. La tarification a pour finalité d’améliorer l’économie et l’état de l’environnement, et non de donner lieu à des spéculations universitaires en économie des transports.

 

Toute réforme de la tarification du transport devra prendre en compte la nécessité de réduire le volume du trafic. A cet effet, il faut accroître le coût de l’usage des infrastructures et le faire payer par l’usager-pollueur. Par conséquent, le transport doit devenir plus onéreux que d’autres facteurs, notamment le facteur travail. La réduction du coût du travail et l’augmentation de celui du transport seront bénéfiques pour les cycles de production, de distribution et de production à l’échelon régional ‑‑ en outre, si le coût des modes de transport qui ne sont pas écologiquement viables augmente relativement plus que celui des modes moins polluants, les performances environnementales du secteur dans son ensemble s’amélioreront.

 

En vue de faciliter l’instauration par ce moyen de conditions équitables, le produit des recettes des redevances modulées en fonction de critères environnementaux devrait servir à promouvoir les modes de transport moins polluants. Une fois la carotte associée au bâton, la viabilité et l’acceptabilité d’une réforme des prix quelle qu’elle soit s’amélioreront certainement. Dans une société très mobile, il ne sera possible de restreindre l’utilisation des modes non écologiquement viables qu’en réussissant, pour l’essentiel, à offrir d’autres moyens de transport, moins polluants.

 

 

3.                  Toujours acceptable pour la collectivité

 

L’acceptabilité sociale des politiques avantageuses pour la collectivité tout entière est naturellement grande. Le fait que les privilèges de certaines catégories de la population puissent être menacés ne devrait pas intervenir dans le jugement sur l’acceptabilité sociale ou non d’une politique donnée. Une politique qui améliore la viabilité écologique des transports est durable parce qu’elle procure des avantages à moyen terme ainsi qu’une satisfaction immédiate des besoins des générations présentes et futures. L’attitude négative de certains secteurs, notamment ceux de l’aviation et du transport maritime, à l’égard des politiques de tarification plus propices au développement durable est compréhensible, mais elle ne saurait interdire de répondre à la nécessité sociale de prendre en considération l’environnement dans le secteur des transports.

 

Dans les transports, certains secteurs non seulement ne veulent pas admettre que c’est un impératif social, mais se servent aussi du terme d’« acceptabilité » pour disqualifier toute politique progressiste allant dans le sens du transport durable. Les opposants au transport vraiment durable invoquent souvent la notion d’acceptabilité pour justifier leurs propres réticences à agir en prétextant un mythique mécontentement de la population face à une politique donnée. Mettre l’idée d’acceptabilité sociale au service de ses propres intérêts témoigne toutefois d’un insigne mépris de la collectivité (alors que l’on serait en droit d’attendre du secteur des transports internationaux qu’il fasse preuve de responsabilité sociale).

 

De surcroît, quand on parle d’« acceptabilité », il est souvent utile d’être plus précis en remplaçant le qualificatif « sociale » par « individuelle ». Pour changer les habitudes de transport de la société, il faut commencer par modifier le comportement des particuliers. Il importe donc d’emporter l’adhésion de l’ensemble de la collectivité aussi bien que des individus aux politiques de transport durable. Nous nous proposons maintenant de démystifier la notion d’« acceptabilité » et d’essayer d’expliquer ce qui rend les politiques de transport durable bénéfiques et acceptables tant au niveau individuel que collectif. Notre thèse est que les avantages du transport durable, quand ils se concrétisent immédiatement, sont largement perçus et font l’objet d’une communication plus efficace, favorisent une meilleure acceptation sociale et individuelle.

 

·         Acceptabilité individuelle

Pour renforcer l’acceptabilité individuelle des politiques de transport durable, les autorités nationales, régionales et locales doivent prendre en compte la méconnaissance de l’opinion, l’inquiétude, l’information, les avis des spécialistes et le comportement rationnel. Elles doivent généralement « écologiser » les réponses cognitives et rationnelles de l’usager des transports face aux problèmes d’environnement que posent les transports motorisés. Il faut privilégier, à cet effet, l’explication de la nécessité de modifier les habitudes en matière de déplacements, au bénéfice de l’environnement et des générations futures. Sans aucun doute, cette démarche est une étape importante pour obtenir l’acceptation individuelle.

 

Néanmoins, il importe de souligner que, dans la mesure où les choix modaux contemporains reposent pour une bonne part simplement sur des habitudes, des affects et des émotions, il y a des limites à l’efficacité de l’information communiquée dans l’espoir de déclencher un comportement dit rationnel. C’est pourquoi, au lieu de dispenser davantage d’« éducation du public », nous suggérerions également de déployer une plus forte « séduction du public ». Qu’entendons-nous par là ?

 

Aider le citoyen à comprendre les problèmes d’environnement découlant d’un comportement contraire à la durabilité des transports est le préalable pour modifier ce comportement ‑‑ mais il est essentiel, pour induire ce changement, de convaincre l’automobiliste par la séduction d’utiliser le vélo ou de prendre le train. Plutôt que de chercher à modifier l’attitude à l’égard des transports des citoyens, il faudrait s’attaquer directement à leur comportement effectif en ce domaine ‑‑ vu qu’un état d’esprit ne détermine pas forcément un comportement.

 

Il serait envisageable, par exemple, de provoquer ce changement de comportement en incitant par la séduction les automobilistes à se déplacer à pied, à vélo ou par les transports collectifs. Une fois qu’ils auront apprécié par eux-mêmes les avantages de ne plus avoir à conduire et garer une voiture, leur changement d’attitude sera plus ou moins automatique. En aidant le citoyen à « ressentir » et non plus uniquement « comprendre » les avantages d’une vie sans voiture, on obtiendra des répercussions sur les attitudes individuelles à l’égard des transports motorisés aussi bien que sur les mythes culturels qui s’y rattachent. Cette démarche est confortée par des exemples encourageants et des pratiques optimales présentés dans des études de l’évolution du comportement des usagers des transports qui se sont « convertis » au covoiturage après avoir pratiqué l’« autosolisme ». Elle est étayée également par des recherches sur les améliorations de la qualité de vie éprouvées par les membres de ménages affranchis de la voiture. Néanmoins, c’est de l’industrie automobile elle-même que nous pouvons tirer les enseignements les plus importants sur les dimensions esthétiques, émotionnelles et irrationnelles du transport. On pourrait très bien alléguer que le succès de la voiture est le résultat d’une « campagne de sensibilisation » qui séduit plus qu’elle n’informe et qui fait appel à l’instinct au lieu de répondre à une préoccupation éclairée pour la santé et l’environnement.

 

Le succès de cette campagne ressort bien dans la reproduction continue des « mythes de la voiture »[1], notamment celui qui dit que « la voiture peut rendre la vie extrêmement agréable. Elle permet de se déplacer en jouissant d’un confort, d’une commodité et d’un degré d’intimité jamais vus par le passé, même aux temps de la monarchie » ‑‑ citation qui pourrait bien être tirée d’une publicité automobile contemporaine, mais que l’on trouve malheureusement dans un projet de rapport à paraître de l’OCDE sur les transports écologiquement viables. Dans les efforts visant à surmonter les obstacles individuels pour parvenir au transport durable, il importe tout autant de mettre en exergue les inconvénients qu’il y a à posséder une voiture que de souligner les avantages pour l’individu de la marche à pied et de l’usage du vélo.

 

·         Acceptabilité sociale

L’acceptabilité sociale des mesures destinées à modifier les habitudes des gens en matière de déplacements augmente au fur et à mesure que ces mesures sont adoptées. Cependant, pour favoriser la mise en œuvre de ces mesures et démontrer à quel point le transport durable est acceptable du point de vue de la collectivité, la conception que se font les décideurs de la mobilité doit évoluer. La réussite des politiques en faveur du transport durable passe tout autant par le comportement individuel que par l’action politique visant à créer un cadre propice à leur acceptation par la société. Des études ont révélé que la grande majorité des hommes politiques qui s’occupent des transports sous-estiment souvent le degré d’acceptation par l’électorat des mesures bénéfiques pour l’environnement. Autrement dit, les gens accueillent en général les mesures allant dans le sens du transport durable plus favorablement que ne le croient les décideurs politiques.

 

D’où la nécessité, si l’on veut mettre en place un transport durable, d’un nouveau contrat social concernant la mobilité ‑‑ un contrat qui remette en cause la conviction générale que modernisation signifie mouvement. Moderniser nos déplacements n’équivaut pas systématiquement à les accélérer ou à les multiplier. Surtout pas lorsque les gains de temps individuels résultant des moyens de transport plus rapides sont constamment réinvestis dans des déplacements toujours plus nombreux et une mobilité sans cesse croissante. Si la modernisation des transports individuels se traduit par plus de déplacements en moins de temps, l’évolution de la société entre dans un cercle vicieux qui, à terme, ne profitera à personne.

 

La thèse selon laquelle il faut dissocier modernisation et mouvement se retrouve déjà en économie des transports, lorsque celle-ci insiste sur la nécessité du découplage entre transports et croissance économique. L’essentiel, pour y parvenir, est la « vérité des prix », c’est-à-dire l’internalisation des coûts externes du transport. Toutefois, hormis le recours aux instruments économiques pour améliorer la viabilité écologique du secteur des transports, il faut concevoir de nouveaux objectifs socioculturels et des visées politiques claires. Dès aujourd’hui, il s’offre à nous plusieurs approches sur lesquelles articuler une manière plus réflexive, c’est-à-dire plus autocritique, de voir la mobilité. Elles font intervenir des leviers tels que l’idée de « quantité suffisante » et le souci d’ « éviter les transports superflus », ou des notions plus radicales comme celle de « lenteur » (auxquelles se réfèrent par exemple le mouvement des « villes lentes » et les tenants de la « reconquête de la rue »).

 

Ces thèmes de réflexion vont tous dans le sens d’une réforme de la mobilité qui, pour l’essentiel, revêt un caractère social, parce que les interactions et les relations que nous entretenons avec la mobilité y sont remises en question. De ce fait, ils conduisent fréquemment à décerner un satisfecit aux collectivités locales qui s’efforcent de ralentir le mouvement et de réduire les déplacements, compte tenu de l’amélioration perçue de la qualité de vie qui en découle. Ce type de gratification immédiate doit être considéré comme un argument crucial pour faire passer le message de l’acceptabilité sociale du transport durable. Il renforce puissamment celui du bénéfice pour les générations futures car il met en lumière les avantages immédiats pour les générations présentes.

 

En résumé, les arguments qui précèdent font ressortir deux aspects. En premier lieu, ils montrent que les politiques de transport durable sont acceptables du point de vue social (et individuel) et économiquement viables simplement en attirant l’attention sur leur contribution bénéfique à la fois pour l’économie et pour la collectivité. Deuxièmement, il apparaît clairement que les deux expressions sont souvent employées pour faire barrage aux mesures nécessaires pour modifier le système de transport actuel, qui ne saurait durer. De ce point de vue, l’acceptabilité et la viabilité semblent de pures constructions de l’esprit ‑‑ des « mots creux » ‑‑ utilisées pour contrecarrer les politiques qui s’opposeront aux structures du pouvoir actuelles dans le système de transport. Les acteurs dominants de ce secteur font souvent mention de ces notions, en contestant l’acceptabilité et la viabilité pour protéger leurs propres intérêts, et non pour évoquer leur responsabilité sociale.

 

Quelle que soit la démarche pour s’acheminer vers un système de transport plus durable, elle ne saurait faire abstraction de la perspective d’un monde en mutation qui se dessine pour les secteurs concernés et les décideurs politiques d’aujourd’hui. Il faut promouvoir, parmi ces acteurs, une autre « conception de la mobilité ». L’une des clefs de ce changement est le degré de réflexivité des organisations et des institutions qui jouent un rôle dans le domaine des transports. Autrement dit, il nous faut analyser nos actes de manière plus autocritique et mesurer la validité de nos actions à l’aune des incidences négatives qu’elles ont sur d’autres sous-systèmes sociaux, tels l’économique ou l’écologique. Cette démarche plus autocritique qui s’impose dans le secteur des transports peut se définir à l’aide de la devise de la « mobilité réflexive ».

 

 

4.                  Mobilité réflexive

 

De la lecture des articles sur les transports, le trafic ou la mobilité dans les documents publiés en la matière depuis une décennie par les spécialistes des transports européens ; dans les brochures des constructeurs automobiles, des compagnies aériennes ou des entreprises de transports publics ; dans les documents d’orientation des groupes de pression, des planificateurs des transports et des décideurs ; ou encore dans la presse quotidienne et les magazines d’actualité dans toutes les langues européennes, il se dégage une très large convergence de vues. Par-delà les clivages, toutes les organisations travaillant dans le domaine des transports prétendent agir en faveur du développement durable. Qu’elles produisent des véhicules légers tout terrain, qu’elles exploitent des aéroports ou qu’elles planifient le réseau transeuropéen de transport, les organisations soutiennent qu’elles agissent en conformité avec le principe du développement durable. Tout porte à croire que les défenseurs de l’environnement ont atteint leur objectif ultime : la prise en compte intégrée de l’environnement dans le secteur des transports.

 

Or, à y regarder de plus près, ce n’est pas le cas. En dépit des dires de l’industrie et des gouvernements, les performances environnementales des transports régressent. Le secteur est loin d’avoir atteint une véritable durabilité. Cela tient, d’une part, à la diversité des interprétations de ce qui peut être qualifié de durable ou non et, d’autre part, aux résultats contradictoires de certaines actions soi-disant durables. Force est de constater que certaines mesures visant à promouvoir le développement durable peuvent très bien, parfois, être entachées d’ambiguïté. Citons quelques exemples en guise d’éclaircissement :

 

·        Les perfectionnements techniques des voitures particulières qui les rendent moins polluantes et plus économes en carburant pourraient bien s’avérer contre-productifs et donner lieu à un accroissement persistant du parc automobile. Certains systèmes de post-traitement des gaz d’échappement contribuent à réduire la pollution atmosphérique et, de ce fait, améliorent la qualité de l’air et la qualité de vie dans les zones urbaines. Mais les bienfaits immédiats en termes de qualité de vie risquent d’entraîner des préjudices à moyen terme, au fur et à mesure que les voitures propres envahissent l’espace urbain. En réglant un problème, certaines solutions techniques peuvent en créer d’autres.

·        Les mesures en faveur des transports collectifs, pour bien intentionnées qu’elles aient été, n’ont souvent fait que modifier la répartition modale entre des modes respectueux de l’environnement. Les migrants alternants soucieux de l’environnement ont hésité entre le vélo et l’autobus, alors que les automobilistes restaient dans leur voiture. En l’occurrence également, une politique durable s’est retournée contre elle-même.

·        La production écologique de denrées alimentaires n’implique pas nécessairement des modes de distribution et de consommation qui le sont aussi. Le bilan environnemental des pommes de terre bio égyptiennes vendues dans les magasins spécialisés en Allemagne est réduit à néant par le transport intercontinental contraire à la durabilité. On a observé assez fréquemment que l’arrivée sur le marché mondial de produits alimentaires obtenus selon des méthodes de production écologiques a produit l’effet inverse de ce que l’on escomptait, et l’on ne peut plus affirmer que ces produits sont à tous égards favorables au développement durable.

 

Ces exemples montrent que certaines mesures et politiques, présentées comme apportant une contribution au développement durable, ne le font peut-être pas de manière durable. Le label « durable » (tel que l’utilisent actuellement nombre de gouvernements et d’industries) ne garantit pas que la mesure ne sera pas contre-productive et contradictoire avec les objectifs qu’elle visait.

 

Il importe de reconnaître que ce « retournement contre soi-même » de toutes sortes de processus sociaux ou politiques semble être l’une des caractéristiques fondamentales des sociétés contemporaines. C’est devenu également l’une des catégories clés qui guident systématiquement la recherche sociale depuis les années 1990. Sa vogue a commencé avec la notion de société du risque d’Ulrich Beck ‑‑ une société qui ne se préoccupe plus seulement de la production de « biens », mais aussi de la distribution et de la redistribution de « maux », c’est-à-dire des risques pour l’environnement naturel et la santé humaine. Beck et d’autres auteurs interprètent ce retournement contre soi-même comme étant, en quelque sorte, un processus réflexif. Dans ce cas, la notion de réflexivité est employée dans l’acception descriptive du terme. Elle décrit comment des conséquences non voulues des politiques (des transports) frappent la politique elle-même.

 

Dans ce contexte, la réflexivité pourrait servir de caractéristique descriptive pour certains phénomènes que nous constatons souvent dans les politiques des transports. Comme les exemples ci-dessus en témoignent, de nos jours, ces politiques semblent contrecarrées par plusieurs processus réflexifs qui vont à l’encontre de leurs objectifs mêmes.

 

Néanmoins, outre l’usage « descriptif » de cette notion, il est envisageable de l’employer dans un sens normatif aussi. De ce point de vue, on peut aussi voir dans la réflexivité une devise susceptible d’orienter la véritable mutation structurelle pour laquelle la T&E et d’autres font campagne. Elle irait tout à fait dans le sens des principes du développement durable énoncés dans le rapport Bruntland. Le transport durable est dès lors l’objectif d’une politique qui vise à promouvoir une mobilité réflexive.

 

Cette idée nouvelle d’une politique de mobilité réflexive apparaît nécessaire car nous avons remarqué que le transport durable suscite de nombreuses questions qui n’entrent pas, en principe, dans le cadre des travaux des experts des transports. Les sociétés du début du 21ème siècle sont confrontées à la tâche complexe de prévoir, gérer et réguler la mobilité des personnes et des marchandises. Le transport effectif d’un lieu à un autre n’est que l’un des nombreux problèmes auxquels sont appelés à répondre les gestionnaires de la mobilité. Ceux-ci devront résoudre tout un ensemble de difficultés interdépendantes qui recoupent différents domaines d’action. Par exemple, la frontière entre la politique des transports, la justice et les affaires intérieures dans le cas de l’immigration. Les aéroports internationaux, le tunnel sous la Manche et les villes portuaires sont plus que des plaques tournantes ou des maillons manquants: il s’y livre aussi une lutte pour résoudre les problèmes de sécurité européens. La politique technologique se confond avec la planification des transports et permet d’améliorer l’« intermodalité », de sorte que les distinctions classiques entre secteurs public et privé, rail et route, transports motorisés ou non s’estompent. Le système mondial de radiorepérage associé à la tarification routière soulève des questions nouvelles à la limite entre la gestion de la circulation et la surveillance civile. L’évolution démographique (le vieillissement de la population), les transitions culturelles (les questions d’intégration et d’assimilation) et les nouveaux conflits sociaux (entre une classe internationale ‘mobile’ et une classe locale ‘immobile’) auront également des répercussions sur l’avenir du transport durable.

 

Ce ne sont là que quelques unes des questions que soulève la transformation structurelle des transports et de la mobilité. La réflexivité aidera les experts et les décideurs à faire face aux changements qui s’imposent de façon plus durable. Aujourd’hui, pour faciliter l’application de la « réflexivité » dans l’élaboration des politiques, la première étape pourrait prendre la forme suivante. Envisageons un cycle, appelé cycle de réflexivité, qui comporterait quatre phases, allant d’une interprétation descriptive à une interprétation plus normative : a) autoréférence, b) auto-analyse, c) auto-interprétation et d) autocritique. Comment faut-il les comprendre dans le contexte des transports et de la circulation ?

 

·        Autoréférence : il s’agit de décrire comment le développement des transports s’est retourné contre lui-même. Il en est arrivé à menacer ses propres fondements, il détruit les ressources dont il dépend. Les encombrements quotidiens sont l’exemple le plus frappant du fait qu’une certaine forme de mobilité a produit son contraire ‑‑ l’immobilité ‑‑ et s’est donc retournée contre elle-même.

·        Auto-analyse : le processus d’auto-analyse fait logiquement suite à cette « réflexivité simple » (au sens d’autoréférence). Les études d’impact sur l’environnement (EIE) et les évaluations environnementales stratégiques (EES) sont des exemples d’intégration de l’auto-analyse dans la politique et la planification des transports. Avec l’EIE et l’EES, la réflexivité entre dans une autre phase : au lieu de se retourner contre elle-même, elle devient un instrument pour l’élaboration des politiques.

·        Auto-interprétation : c’est évidemment dans cette phase que la complexité augmente. Les résultats des EES ou des EIE sont mis à profit pour élaborer les politiques des transports. Néanmoins, même les résultats les plus clairs de ces évaluations peuvent donner lieu à des interprétations différentes selon le point de vue où l’on se place. La façon dont les résultats sont interprétés et réintroduits dans la politique ne sont pas forcément prédéterminés par les méthodes d’évaluation, ils dépendent aussi de l’interprétation qu’en font les hommes politiques et les planificateurs. Pour bien appliquer la devise de la « mobilité réflexive », ces interprétations politiques doivent être autocritiques, c’est-à-dire critiquer le rôle même de celui qui les interprète.

·        Autocritique : Toute organisation, politique ou action qui reprend à son compte cette dernière phase de la « réflexivité en tant qu’autocritique » a certainement accompli un grand pas vers la mise en œuvre de la mobilité réflexive. Elle passe ainsi de la formulation de « solutions » simples pour répondre à des problèmes de transport complexes à l’impulsion de « mutations structurelles » dans la mobilité quotidienne.

 

A l’évidence, l’autoréférence, l’auto-analyse, l’auto-interprétation et l’autocritique doivent être considérées comme des lignes directrices pour toutes les organisations travaillant dans le domaine des transports. Les planificateurs et les fournisseurs de transports, ainsi que les hommes politiques, doivent réfléchir sur les incidences préjudiciables pour l’environnement de leurs plans, produits et politiques. Ils devraient être conscients des conséquences non voulues que risquent d’avoir tous les plans, produits ou politiques qu’ils envisagent. Ce changement de mentalité au niveau individuel, de culture d’entreprise ou de perspective mondiale est une condition indispensable pour que la réflexivité organisationnelle et la mobilité réflexive soient efficaces. De nos jours, quelques uns de ces principes sont pris en compte dans quelques projets d’entreprises ou quelques politiques publiques.

 

Par exemple, le plan national des transports « Trafik 2005 », mis en œuvre au Danemark depuis 1993, est l’un des premiers cas où l’on constate une orientation plus réflexive. Contrairement aux deux plans de 1987 et de 1990 qui l’avaient précédé, celui-ci remet ouvertement en question l’hypothèse selon laquelle les transports et la mobilité n’ont que des avantages pour la collectivité. Il exprime des doutes, notamment, sur la valeur des prévisions de la circulation. Alors que les deux autres plans considéraient ces prévisions, d’une manière générale, comme des données factuelles, ce plan les tient pour des scénarios possibles, mais non probables, de l’évolution future de la circulation (Trafik 2005 : 5, 6). Face à la croissance prévue du volume du trafic, ce plan apporte des réponses qui ne se limitent pas à construire de nouvelles infrastructures, et il envisage des mesures proactives, c’est-à-dire qu’il fait intervenir et modifie diverses demandes de transport individuelles et collectives[2] (Trafik 2005 : 10, 13). En outre, il prend en compte les conséquences préjudiciables de la construction de routes et s’efforce d’adopter d’autres moyens pour assurer dans le même temps la fluidité de la circulation et la protection de la nature et des cultures contre les retombées de l’usage de la voiture (Trafik 2005 : 30, 67). Le doute implicite et l’« ouverture » de ce plan transparaissent le mieux dans la série de questions soulevées en conclusion des chapitres d’introduction (Trafik 2005 : 12, 13). La circulation y est abordée sous l’angle des interrogations et ambiguïtés qui s’y rattachent, plutôt que dans l’optique « ancienne » consistant à donner accès aux transports et à maintenir les flux de circulation.

 

Le plan, en général, ne pèche nullement par excès d’optimisme en ce qui concerne les avantages pour la collectivité des nouvelles technologies des transports. Par exemple, soit il admet ouvertement que certaines interventions technologiques feront augmenter la capacité routière et, partant, stimuleront la croissance du trafic, soit il adopte une position critique à l’égard des potentialités des systèmes de transport intelligents (Trafik 2005 : 35). Ce scepticisme relatif vis-à-vis de la technologie est assorti d’un recentrage sur le comportement de chacun en matière de mobilité et sur la demande individuelle de transport. Le plan propose que les politiques futures ne s’emploient pas seulement à planifier le système de transport mais aussi à collaborer avec les usagers des transports (Trafik 2005 : 15).

Cet exemple danois montre bien comment procéder pour donner une tournure plus réflexive à la politique des transports. Mais il laisse entrevoir aussi la possibilité qu’un tel infléchissement ne dure pas, comme on le voit dans les évolutions récentes de la politique des transports de ce pays. En effet, l’élan réflexif est à nouveau perdu depuis que le Danemark a fermé des institutions progressistes et proposé des mesures contraires au développement durable et à la sécurité.

 

 

5.                  Conclusion ‑‑ rendre la réflexivité opérante

 

Compte tenu de ce qui précède, les transports et la mobilité apparaissent comme des domaines importants où il y a lieu de mettre en œuvre une politique réflexive. Si l’on ajoute la réflexivité à la durabilité, le transport durable sera complété par une mobilité réflexive. Dès lors, qu’entend-on concrètement par mobilité réflexive ? Cette notion recouvre toutes les formes de mobilité guidées par l’autocritique. Autrement dit, celles qui adoptent une attitude plus critique face à leurs conséquences non voulues. Un exemple de mobilité qui devient plus réflexive est l’automobilité, c’est-à-dire la mobilité quotidienne fondée sur la voiture. Avec le covoiturage, l’automobilité a créé une sorte de ramification réflexive. Au fur et à mesure que des pays ou des villes ont appliqué des programmes en faveur du covoiturage, les citoyens ont acquis une vision plus critique de l’un des déterminants fondamentaux de l’automobilité, à savoir la possession d’une voiture particulière. Il faut donc voir dans le covoiturage une démarche réflexive pour résoudre les problèmes de capacité imputables à la voiture dans les zones urbaines. Une démarche totalement contraire à la réflexivité pour s’attaquer à ces « goulets d’étranglement » serait d’étendre sans cesse l’infrastructure routière en ignorant les conséquences indésirables de ce type de mesure, ce qui revient à créer une demande d’automobiles toujours croissante. Du point de vue du transport durable, presque aucune extension d’infrastructure routière ne paraît réflexive, étant donné que plus de routes induiront plus de croissance. L’objectif primordial d’une mobilité plus réflexive est donc de réduire et d’éviter certaines formes de transport non durables.

 

En résumé, la deuxième partie de ce document visait à montrer que les acteurs dominants du secteur des transports doivent adopter un point de vue plus autocritique. Le transport durable ne deviendra une réalité qu’à la condition d’instaurer un rapport plus réflexif avec la mobilité. Par conséquent, la réflexivité est le préalable de la durabilité. C’est le substrat cognitif et rationnel d’une « conduite propice au transport durable », tant au niveau des individus que des organisations.

Tous les acteurs de la société, qu’il s’agisse de groupes ou d’individus, doivent se demander s’ils ont une manière réflexive de voir la mobilité. Ou bien, pour l’exprimer différemment, il faut un débat public permanent sur l’orientation que nous voulons suivre : souhaitons-nous continuer sur la trajectoire classique de développement et offrir toujours plus d’infrastructures pour des moyens de transport toujours plus rapides afin de nous déplacer toujours plus loin et de plus en plus fréquemment ? Ou bien désirons-nous opérer un revirement complet, prendre du recul et arrêter la machine ? Ne vaudrait-il pas mieux cesser cette fuite en avant pour ouvrir la voie vers des formes de transport et de mobilité plus durables ? Si nous répondons par l’affirmative à cette dernière question, une relation plus réflexive aux transports et à la mobilité nous sera sans doute d’un grand secours.

 

Pour conclure, nous proposons les recommandations pour l’action ci-après :

·        Pour assurer la viabilité économique du transport durable, il est temps d’engager une action politique immédiate et cohérente. Les prochaines étapes sont de fixer des objectifs tels ceux du Protocole de Kyoto et de faire en sorte qu’ils soient respectés dans le secteur des transports. Au lieu de poursuivre les débats sur le juste prix à trouver pour couvrir le coût social marginal, les décideurs politiques au niveau de l’UE devraient enfin adopter la directive cadre si longtemps attendue sur la tarification de l’usage des infrastructures et commencer à travailler sur des directives analogues applicables à tous les modes de transport.

 

·        L’acceptabilité sociale des mesures en faveur du transport durable s’accroît de manière exponentielle chaque fois que leurs bons résultats sont tangibles et que l’on en tire des avantages directs au plan individuel. C’est lorsque les problèmes de transport sont les plus graves, par exemple dans les zones urbaines en Europe, que l’on attache le plus de prix à ce type de gratification immédiate. Par conséquent, une législation européenne sur les transports urbains est éminemment souhaitable. La Commission européenne devrait étoffer ses activités en la matière et passer de l’incitation à adopter les meilleurs pratiques à la mise en œuvre d’objectifs et de textes de loi contraignants.

 

·        Une première étape pour une politique de mobilité plus réflexive au niveau de l’UE consisterait à établir une évaluation de l’impact sur le développement durable, comme l’a demandé le Conseil à Göteborg en juin 2001. Les politiques, plans ou projets de transport devraient tous, quels qu’ils soient, faire l’objet d’une évaluation examinant minutieusement leurs incidences sur les trois dimensions du développement durable. En plus de réaliser des EES pour les programmes de transport et des EIE pour les projets, il faudrait soumettre à cette évaluation les politiques européennes dans des domaines tels que la fiscalité, la technologie, la concurrence, etc. L’évaluation de l’impact sur le développement durable devrait alors révéler clairement les retombées favorables et défavorables pour l’objectif prioritaire visant à concrétiser un transport durable et une mobilité réflexive. Elle devrait fournir un repère à l’aune duquel mesurer la réflexivité des politiques concernant les transports au sein de l’UE.

 

 

decembre 2002

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[1].         Pour les démarches de démystification, consulter également les publications de la T&E sur les mythes de l’automobile : Transport and the Economy (2001) et Transport and the Society (à paraître).

[2].         Commentant cette hypothèse, Lykke Magelund, de l’ancien Conseil danois des transports, insiste sur le fait que le « changement de la demande de transport » prévu par le plan est un « tournant décisif » et l’une des transformations les plus importantes de la politique danoise des transports.